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Comprendre l'islam
Abul A'la Mawdoudi
Chapitre1 : La
signification de l’Islam
• La signification du mot Islam
• La nature de l’Islam
• La nature du « Koufr »
• Les bienfaits de l’Islam
Chapitre 2 : La Foi
• La Foi : Qu’est-ce que cela signifie ?
• Comment acquérir la foi en Dieu ?
• Foi dans l’inconnu
Chapitre 3: La mission
prophétique
• Sa nature et sa nécessité
• Bref historique
• La mission prophétique de Muhammad (Saluts et bénédictions d'Allah sur lui)
• L'Arabie – Abîme des ténèbres
• Le sauveur est né
• Un diamant dans un tas de pierres
• Une révolution se produit
• Pourquoi toute cette hostilité ?
• Un homme transformé à quarante ans Pourquoi ?
• Son message universel
• Sa contribution à la pensée humaine
• Le plus grand des réformateurs
• Le témoignage final
• La finalité du message prophétique
Chapitre 4 : Les articles de la Foi
• Tawhid – La foi en un Dieu Unique
• La signification de la Kalima
• Les effets du Tawhid sur la vie de l’homme
• La foi en les Anges de Dieu
• La foi dans les Livres de Dieu
• La foi dans les Prophètes de Dieu
• La foi en la vie ultérieure après la mort
• Pourquoi cette croyance est-elle nécessaire ?
• La vie après la mort
Chapitre 5 : La prière
et l’Adoration
• L'esprit de 'Ibadat ou l’adoration
• La Salat
• Le Jeûne
• La Zakat
• Le Hajj ou le pèlerinage
• Défense de l’Islam
• Le Jihad
Chapitre 6 : Les principes de la
Shari’ah
• Distinction entre Din et Shari’ah
• Les sources de la Shari’ah
• Le Fiqh
• Le Tasawwuf
• Les principes de la Shari’ah
• La Shari’ah : Sa nature et son but
• La Shari’ah : Droits et Devoirs
• Les Droits de Dieu
• Les Droits personnels
• Les Droits d’Autrui
• Rapport avec les non musulmans
• Les droits de toutes les créatures
•
La Shari’ah : La Loi Universelle et Eternelle
Chapitre1
La signification de l’Islam
Pourquoi l’Islam est ainsi appelé ?
Toutes les religions du monde tirent leur nom de leur fondateur ou du peuple où
elles ont pris naissance. Par exemple, le christianisme est ainsi appelé du nom
de celui qui l'a prêché, le Christ; le bouddhisme, de son fondateur Bouddha; le
zoroastrianisme, de Zoroastre; le judaïsme, la religion des Juifs, du nom de la
tribu de Juda (de la contrée de Judée) où elle prit naissance. Et ainsi de
suite. Mais il en est tout autrement avec l’islam qui jouit de la particularité
unique de n'être associé à aucun homme ou peuple particulier. Le mot islam
n'implique pas de relation de ce genre - car il n'est le propre d'aucune
personne, d'aucun peuple ou pays particuliers. Il n'est pas le produit d'un
esprit humain, Il ne se limite pas à une communauté particulière. C'est une
religion universelle qui a pour but de susciter et de cultiver en l'homme la
qualité et l'attitude de l’islam.
L’islam en fait est un attribut. Celui qui le possède est Musulman, de quelque
race, communauté, pays ou clan qu'il vienne. Selon le Coran (le livre sacré des
Musulmans), il s'est trouvé de tous temps et parmi tous les peuples des hommes
bons et vertueux qui possédaient cet attribut ils étaient, et sont de bons
Musulmans.
Ceci nous amène tout naturellement à poser cette question que signifie le mot
"islam"? Qu'est-ce qu'un Musulman?
La signification du mot « Islam »
Islam est un mot arabe qui signifie soumission, obéissance. En tant que
religion, l’islam prêche la soumission et l’obéissance totales à Allah. C'est
pourquoi on l'appelle l’islam.
La nature de l’Islam
Tout le monde peut se rendre compte que notre univers est un univers d'ordre, où
toutes choses sont régies par des lois et des règles. Tout a sa place fixée dans
un ensemble grandiose qui fonctionne admirablement. Le soleil, la lune, es
étoiles, tous les corps célestes appartiennent à un même système et poursuivent
une course invariable en vertu de lois immuables. La terre tourne sur son axe et
ses révolutions autour du soleil suivent une trajectoire déterminée. De l'infime
électron à l'impressionnante nébuleuse, tout ainsi dans l'univers obéit à ses
lois propres en vertu desquelles la matière, l'énergie et la vie apparaissent,
se modifient ou disparaissent. Il en est de même pour l'homme. La naissance, la
croissance, la vie, la subsistance de l'homme dans la nature sont toutes régies
par un système de lois biologiques. Ce sont elles qui gouvernent le
fonctionnement de tous ses organes, des cellules les plus petites au cœur et au
cerveau. Bref, notre univers est un univers soumis à une loi, et tout ce qui en
fait partie suit le cours qui lui a été prescrit.
Cet ordre cosmique qui gouverne l'univers de la particule aux galaxies, est la
loi de Dieu, le Créateur et le Maître de l'univers.
Puisque là création tout entière obéit aux lois divines, on peut dire que tout
l'univers suit littéralement la religion de l’islam - car islam ne signifie rien
d'autre que la soumission et l'obéissance à Allah, le Seigneur de l'univers. Le
soleil, la lune, la terre, et tous les autres corps célestes sont donc
"musulmans", tout comme l'air, l'eau, la chaleur, les minéraux, la végétation,
les animaux. Tout dans l'univers est musulman car tout obéit aux lois qui lui
ont été assignées par Dieu. Sa langue même qui, par ignorance nie l'existence de
Dieu, ou adore de nombreuses divinités, est par nature musulmane. Sa tête, qu'il
courbe devant d'autres qu'Allah, est instinctivement musulmane. Son cœur, qui
par manque de réelle connaissance, aime et révère d'autres dieux, est
instinctivement musulman, car ils sont tout soumis à la loi divine, leurs
fonctions et leurs mouvements sont gouvernés par cette loi unique.
Voici donc en bref la véritable position de l'homme et de l'univers. Examinons
maintenant le problème sous un angle différent.
L'homme possède une double nature, sa vie se déroule sur deux plans différents.
D'une part, comme toutes les autres créatures, il est complètement dépendant des
lois naturelles et ne peut s'y soustraire. Mais d'un autre côté, l'homme est
pourvu de raison et d'intelligence. Il a le pouvoir de penser et de juger, de
choisir ou de rejeter, d'approuver et de désapprouver. Il est libre de choisir
sa religion, son genre de vie, et d'orienter son existence en fonction des
idéologies de son choix. Il peut tracer son propre code de conduite, ou en
accepter un formulé par autrui. Il a été doté du libre arbitre et peut décider
de son propre comportement. Sur ce deuxième plan, à l'inverse des autres
créatures, il a reçu la liberté de pensée, d'opinion et d'action. Ces deux
aspects coexistent distinctement dans la vie de l'homme.
Dans le premier cas, comme toutes les autres créatures, l'homme est né et
restera musulman, et suit automatiquement les injonctions de Dieu. Dans le
deuxième, il a la liberté de choisir, d'être ou de ne pas être musulman, et
c'est la façon dont on exerce cette liberté qui divise l'humanité en deux
groupes: les croyants et les incroyants. Celui qui choisit de reconnaître son
Créateur, l'accepte pour Maître unique, se soumet scrupuleusement à Ses
Commandements, suit la Loi qu'il a révélée à l'homme pour sa vie individuelle et
sociale, devient ainsi un parfait musulman. Il a réussi à atteindre un islam
complet, en décidant volontairement d'obéir à Dieu sur le plan où il était doté
de la liberté de choisir. Maintenant sa vie entière est une vie de soumission à
Dieu et il n'y a pas de conflit dans sa personnalité. Il est un parfait musulman
et son islam est total car la soumission de son être entier à la volonté d'Allah
est islam, purement islam.
Il s’est maintenant volontairement soumis à Celui auquel il obéissait déjà
inconsciemment. Sa connaissance est maintenant réelle, car il a reconnu l'Etre
qui lui a donné la faculté d'apprendre et de connaître sa raison et son jugement
sont harmonieusement équilibrés car il a justement décidé d'obéir à l’Etre qui
lui a conféré la faculté de penser et de juger. Sa langue aussi exprime la
vérité car elle loue le Seigneur qui lui a donné la faculté de parler.
Maintenant son existence tout entière est l'incarnation de la vérité, car ses
deux natures, son instinct et sa volonté, obéissent aux lois du même Dieu unique
- le Seigneur de l'univers. Il est en harmonie avec l'univers tout entier, car
il adore Celui que tout l'univers adore.
Un tel homme est le Lieutenant de Dieu sur terre. Le monde lui appartient et il
appartient à Dieu.
La nature du « koufr »
Par opposition avec l'homme que nous venons de décrire, il y a l'homme qui, bien
que par nature musulmane et le demeurant inconsciemment toute sa vie, n'exerce
pas ses facultés de raison, d'intelligence et d'intuition pour reconnaître son
Seigneur et Créateur, et n'utilise sa liberté de choix que pour choisir de nier
Son existence. Un tel homme est un incroyant - dans le langage de l’islam un
"kafir"
"Koufr" signifie littéralement "couvrir", "dissimuler". L'homme qui nie Dieu est
appelé kafir, "dissimulateur" car, par son incrédulité, il, cache ce qui est
inhérent à sa nature et à son âme - puisque sa nature est instinctivement
orientée vers l’islam. Son corps tout entier, chaque membre, chaque fibre de ce
corps, est soumis à cet instinct. Toute particule de l'existence - animée ou
inanimée - accomplit sa fonction en accord avec la loi de l’islam et remplit le
rôle qui lui a été dévolu. Mais la vue de cet homme a été obscurcie, son esprit
s'est égaré et il est incapable de voir l'évidence. Il ne peut discerner sa
propre nature, et ses actes et ses pensées sont en désaccord total avec elle. La
réalité lui devient étrangère et il tâtonne dans les ténèbres. Voilà la nature
du koufr.
Le koufr est une forme d'ignorance, ou plutôt c'est l'ignorance par excellence.
Y a-t-il en effet de plus grande ignorance que d'ignorer Dieu, le Créateur, le
Seigneur de l'univers? Voilà un homme qui observe le vaste panorama de la
nature, son mécanisme superbe et immuable, la conception grandiose qui éclate
dans tous les aspects de la création; il observe cette gigantesque machine, mais
ignore qui l'a faite, la dirige. Il examine son propre corps, cet organisme
merveilleux qui fonctionne d'une manière si stupéfiante, et s'en sert pour
parvenir à ses propres fins, mais il est incapable de discerner la Force qui l'a
suscité, l'ingénieur qui a conçu et produit cette machine, le Créateur qui a
fait cet être unique l'homme, à partir de matériaux inanimés carbone, calcium,
sodium... Il reconnaît la conception sublime de l'univers, mais ne peut
distinguer Celui qui l'a conçue. Il en admire le fonctionnement harmonieux sans
en voir le Créateur. Il peut voir dans l'univers tout autour de lui les plus
éclatantes démonstrations de maîtrise dans la science, la philosophie, les
mathématiques ou la technique, mais il reste aveugle à l'Etre qui est à
l'origine de cet univers infini et jamais totalement expliqué. Comment un homme
incapable de distinguer cette réalité déterminante pourrait-il atteindre les
véritables perspectives de la connaissance? Comment un homme qui a pris un
mauvais chemin pourrait-il atteindre la bonne destination? Il ne pourra jamais
expliquer la Réalité, la Vraie Route lui sera toujours fermée, et quoi qu'il
entreprenne dans le domaine de la science ou de la pensée, il ne pourra jamais
jouir des lumières de la vérité et de la sagesse. Il continuera de tâtonner et
de trébucher dans les ténèbres de l'ignorance.
Bien pire: le koufr est une tyrannie, et même la pire qui soit. Qu'est-ce que la
tyrannie, sinon une utilisation injuste et cruelle d'une force ou d'un pouvoir.
Si l'on force quelque chose ou quelqu'un à agir contrairement à la justice ou à
sa nature et à sa volonté propre, cela s'appelle tyrannie.
Nous venons de voir que tout dans l'univers est soumis à Dieu son Créateur. Ce
qui est naturel, c'est d'obéir, de vivre en conformité avec Sa volonté et Sa loi
(plus précisément d'être musulman). Dieu a donné à l'homme un pouvoir sur toute
la création dont la nature même exige qu'elle soit utilisée pour le seul
accomplissement de Sa volonté, et exclusivement pour cela. Celui qui désobéit à
Dieu, celui qui est kafir, se rend coupable de l'injustice la plus grave en
utilisant toutes les facultés de son corps et de son esprit à l'encontre des
tendances de la nature, et devient ainsi l'instrument involontaire du drame de
la désobéissance. Il contraint sa tête à s'incliner devant d'autres dieux que le
vrai Dieu, nourrit en son cœur l'amour, le respect et la crainte pour une autre
Autorité, ceci en contradiction totale avec les instincts naturels de ces
organes. Il utilise le pouvoir dont il dispose contre la Volonté explicite de
Dieu, et fait ainsi régner la tyrannie. Peut-il exister de tyrannie, de cruauté
et d'injustice plus grandes que celle de cet homme qui exploite la création et
la contraint impudemment à suivre un cours contraire à la nature et à la justice
?
Le koufr n'est pas simplement tyrannie, il est, à tout le moins, pure rébellion,
ingratitude, infidélité. Après tout, qu'est-ce que l'homme en réalité? De quel
pouvoir, de quelle autorité dispose-t-il? A-t-il crée son cerveau, son cœur, son
âme, son propre corps - ou bien plutôt n'est-ce pas Dieu qui les a crées? Est-ce
lui, ou Dieu, qui a crée l'univers? Qui a plié toutes les forces de la nature au
service de l'homme - l'homme ou Dieu? Si toutes choses ont été crées par Dieu,
et par Lui seul, à qui donc appartiennent-elles? Qui en est le juste souverain?
Dieu, et Dieu seul. Et Si Dieu est le Créateur, le Maître, le Souverain, y
a-t-il alors de plus grand rebelle que l'homme qui se sert de la Création de
Dieu contre Ses décrets, qui tourne son esprit et son cœur contre Dieu, et
utilise toutes ses facultés contre la Volonté du Seigneur. Le serviteur qui
trahit son maître, l'officier qui se tourne contre son pays, celui qui dupe son
bienfaiteur, sont tous des traîtres. Mais que dire de la traîtrise, de
l'ingratitude de l'incroyant, du kafir ? Après tout, qui est la source véritable
de toute autorité? Qui a élevé l’homme à une position élevée? Tout ce que
l'homme possède et tout ce dont il se sert au bénéfice des autres lui a été
donné par Dieu. C'est envers ses parents que l'homme a sur cette terre les plus
grandes obligations.
Mais qui a mis dans le cœur des parents cet amour de leurs enfants, et leur
inspire de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour le bien-être de ces
enfants? D'où vient que la mère a le désir inné et la possibilité de nourrir ses
enfants? Il est évident que c'est Dieu qui est le plus grand bienfaiteur de
l'homme. Il est son Créateur, Celui qui le nourrit et le fait vivre, aussi bien
que son Seigneur et Maître.
Telle est la position de Dieu vis-à-vis de l'homme, et il n'y a pas de trahison
et d'ingratitude plus grande que le koufr qui amène l'homme à renier son
véritable Seigneur.
Il serait ridicule de penser qu'en adoptant l'attitude du koufr, l'homme fait du
tort au Dieu Tout-Puissant. Pas le moins du monde. Quel tort pourrait bien faire
l'homme, ce grain de poussière insignifiant à la surface d'une planète minuscule
roulant dans cet univers infini, au Maître du monde, dont le royaume est si
vaste que l'aide des plus puissants télescopes ne nous permet même pas de
deviner ses limites? Dont la puissance commande la course céleste de la Terre,
de la lune, du soleil, et des myriades d'étoiles.
Qui pourvoit à tous leurs besoins, mais n'a besoin de personne pour pourvoir aux
siens? La rébellion de l'homme contre Dieu ne peut Lui faire aucun tort, au
contraire cette désobéissance ne fait que précipiter l'homme sur le chemin de la
ruine et de la disgrâce.
La conséquence inéluctable de cette révolte et de ce refus de la Réalité est
l'échec dans les idéaux ultimes de la vie. Un rebelle ne trouvera jamais la voie
de la vraie connaissance. Car le savoir qui est incapable de découvrir son
propre Créateur ne peut découvrir aucune vérité. L'esprit et la raison d'un tel
homme s'égareront toujours. Comment la raison qui ne peut reconnaître son
Créateur, pourrait-elle élucider les mystères de la vie? Un tel homme ne subira
que des échecs dans tous les domaines. Sa vie morale, civique, sociale,
familiale, sa lutte pour assurer sa subsistance, tout en sera affecté. Il ne
répandra que confusion et désordre sur la terre. Sans l'ombre d'un remords il
versera le sang, violera les droits de ses semblables, sera cruel envers eux,
suscitera le désordre et la destruction dans le monde. Ses pensées et ses
ambitions perverses, son absence de discernement, son sens des valeurs faussé,
ses activités malignes seront néfastes pour lui comme pour son entourage. Un tel
homme peut ruiner la paix et l'équilibre de la vie sur terre. Et dans la vie
ultérieure, il sera tenu pour coupable des crimes qu'il a commis envers
lui-même. Son corps tout entier, son cerveau, ses yeux, son nez, ses mains, ses
pieds se plaindront du mauvais usage qu'il en aura fait. Chaque cellule de son
corps le blâmera devant Dieu qui, véritable source de justice, lui appliquera la
sentence qu'il mérite. Telle est l’infamante conséquence du koufr.
Il conduit à l'échec total, dans cette vie comme dans la vie ultérieure.
Les bienfaits de l’Islam
Après avoir examiné les terribles conséquences du koufr, voyons maintenant ce
que nous pouvons gagner en adoptant l'attitude de l’islam.
Dans le monde qui vous entoure, comme en vous-même, vous pouvez voir
d'innombrables manifestations du pouvoir divin. Cet univers grandiose, qui
fonctionne de toute éternité dans un ordre incomparable selon une loi immuable,
témoigne par lui-même que Celui qui l’a conçu est un Etre Tout Puissant, doué de
puissance, de connaissance infinies, de ressources illimités, dont la sagesse
est parfaite, et Auquel nul n’ose désobéir. C’est dans la nature même de
l’homme, comme de toutes choses dans l’univers, que de Lui obéir. En fait,
l’homme obéit inconsciemment à Sa loi, jour après jour, car en désobéissant il
s’expose à la mort et à l’anéantissement. C’est la loi de la nature que nous
devons observer constamment.
Dieu a donné à l’homme la possibilité de s’instruire, de penser et de méditer,
et la connaissance du bien et du mal, mais Il lui a conféré en outre une
relative liberté de volonté et d’action. C’est dans l’exercice de cette liberté
que l’homme est mis à l’épreuve: son savoir, sa sagesse, son discernement, sa
liberté de volonté et d’action sont tous éprouvés. En cela, l’homme n’a pas été
obligé d’adopter une voie particulière, car cette obligation fausserait le sens
même de cette mise à l’épreuve. Si pendant un examen, vous êtes obligé de donner
une réponse donnée à une question donnée, l’examen devient inutile. Votre mérite
ne peut être convenablement jugé que si vous pouvez répondre librement aux
questions, selon votre connaissance et votre compréhension personnelles. Si
votre réponse est correcte, vous aurez réussi, et vous pourrez continuer à
progresser. Si votre réponse est mauvaise, votre échec vous empêchera de
progresser; de même, en ce qui concerne la situation de l’homme dans le monde.
Dieu lui a donné la liberté de volonté et d’action, de sorte qu’il puisse
choisir librement le mode de vie qu’il estime être le bon – l’islam ou le koufr.
On trouve donc d’un côté l’homme qui ne comprend ni sa propre nature, ni celle
de l’univers. Il ignore qui est son Maître véritable, et quels sont Ses
attributs, et utilisé mal sa liberté en prenant le chemin de la désobéissance et
de la rébellion. Un tel homme a échoué à l’examen de sa connaissance, de son
intelligence et de son sens du devoir, et ne mérite pas un sort meilleur que
celui discuté plus haut.
De l'autre côté, on peut trouver celui qui sort vainqueur de cette mise à
l'épreuve. En utilisant correctement son savoir et son esprit, il reconnaît son
Créateur, a foi en Lui, et sans y être aucunement contraint choisit de Lui
obéir. Il sait distinguer le Bien du Mal, et bien qu'il soit entièrement libre
de ne pas le faire, il choisit le Bien. Il comprend sa propre nature, se
conforme à ses lois et à ses réalités, et bien qu'il ait toute latitude de
suivre n'importe quelle voie, il adopte celle de l'obéissance et de la loyauté
envers Dieu, son Créateur. Il a surmonté l'épreuve, car il a convenablement
utilisé son esprit et toutes ses facultés ses yeux pour discerner la Réalité,
ses oreilles pour écouter la Vérité, son esprit pour concevoir de saines
opinions, et il met tout son cœur et tout son âme à suivre la juste voie qu'il a
ainsi choisie.
Il choisit la vérité, voit la réalité, se soumet de son plein gré à son Seigneur
et Maître. C'est un homme intelligent, sincère, qui a le sens du devoir, qui a
opté pour la lumière plutôt que les ténèbres, et après avoir distingué la
réalité, a répondu à son appel avec enthousiasme. Sa conduite prouve ainsi que
non seulement il recherche la vérité, mais qu'il sait la reconnaître et la
chérir. Cet homme réussira dans ce monde comme dans ce monde à venir car il a
pris le Droit Chemin et ne cessera de le suivre dans tous les domaines de la
connaissance et de l'action. Celui qui connaît Dieu et Ses attributs, connaît
l'alpha et l'oméga de la Réalité. Il ne pourra s'égarer car son premier pas est
sur la bonne route et il est sûr de la destination du voyage de la vie.
Dans le domaine de la philosophie, il méditera sur les secrets de l'univers et
essayera de sonder ses mystères, mais à l'inverse du philosophe infidèle (kafir)
il ne s'égarera pas dans le labyrinthe du doute et du scepticisme. La Vision
Divine éclairera sa route et dirigera ses pas dans la bonne direction.
Dans le domaine de la science, il tentera de connaître les lois de la nature, de
découvrir les trésors cachés de la terre, et de diriger toutes les forces
jusque-là ignorées de l'esprit et de la matière - tout cela pour le mieux-être
de l'humanité. Il essayera d'explorer toutes les avenues du savoir et de la
puissance, et de soumettre tout ce qui existe sur terre et dans les cieux au
profit de l'homme.
A chaque stade de sa recherche, sa conscience de Dieu l'empêchera de faire un
usage mauvais et destructif de la science et des méthodes scientifiques.
Il ne songera même pas à se vanter d'être le maître de ces forces, le conquérant
de la nature, s'arrogeant ainsi des prérogatives divines; ni à nourrir des
ambitions subversives sur l'univers, soumettant le genre humain et établissant
sa suprématie sur tous sans reculer devant les moyens les plus vils. Une telle
attitude de rébellion et de défi ne saurait être celle d'un musulman - seul un
savant kafir peut être la proie de telles illusions et, en y succombant, exposer
le genre humain tout entier aux dangers de la destruction totale et de
l'anéantissement [La situation est la même de nos jours. Le Dr Joad dit: "La
science nous a donné une puissance presque divine, mais pour nous servir d'elle,
nous n'avons que la mentalité d'écoliers ou de sauvages". Le philosophe Bertrand
Russel écrit: "D'une manière générale, nous nous trouvons mêlés à une course
entre l'habileté humaine en tant que moyens, et la folle humaine en tant que
buts: Toute augmentation de l'habileté requise pour y parvenir est orientée vers
le mal. Le genre humain n'a survécu jusqu'à maintenant que grâce à l'ignorance
et à l'incompétence. Mais si le savoir et la compétence se combinent à la folie,
il ne peut plus y avoir de certitude de survie. La connaissance est un pouvoir,
mais c'est un pouvoir de bien autant que de mal faire. Par conséquent, à moins
que l'homme n'augmente en sagesse autant qu'en connaissance, l'augmentation de
la science ne fera qu'accroître nos tribulations" (Bertrand Russel, Impact of
Science on Society, p. 120-21).
Un autre brillant penseur a exprimé le même paradoxe en ces termes: "On nous
apprend à voler comme les oiseaux, et à nager comme les poissons, mais nous
ignorons toujours comment vivre sur la terre" [(Cité par Joad dans Counter
Attack from the East, p. 28)].
Un savant musulman, au contraire, se comportera tout à fait différemment. Plus
il verra clair dans le domaine de la science, plus sa foi en Dieu en sera
renforcée. Il courbera la tête devant Lui avec gratitude. Puisque son Maître l'a
béni en lui accordant un pouvoir et une science plus grands, il devra œuvrer
pour son propre bien et celui de l'humanité. Au lieu d'être arrogant, il sera
humble, au lieu de se griser de sa propre puissance, il réalisera de grandes
choses pour le bien commun. Il ne s'abandonnera pas à une liberté effrénée. Il
sera guidé par les principes de la moralité et de la Révélation Divine. Ainsi la
science entre ses mains, au lieu de devenir un instrument de destruction,
deviendra un agent du bien-être des hommes et de la régénération morale. Et
c'est de cette manière qu'il exprimera sa gratitude à son Maître pour les dons
et les bénédictions qu'il a répandus sur l'homme.
De même dans le domaine de l'histoire, de l'économie, de la politique, du droit,
et de toutes les autres branches des arts et des sciences: un musulman ne se
laissera pas distancer par un kafir dans la recherche, mais leurs points de vue,
et par conséquent leurs "modus operandi", différeront largement. Un musulman
étudiera chaque branche de la connaissance dans sa juste perspective,
s'efforcera d'atteindre un juste objectif et arrivera à de justes et saines
conclusions. En histoire, il tirera des leçons correctes des expériences
passées, et découvrira les causes véritables de la grandeur et de la décadence
des civilisations. Il essaiera de tirer profit de tout ce qui fut bon et juste
dans le passé, et évitera soigneusement tout ce qui avait conduit au déclin et à
l'écroulement des nations. En politique, son seul objectif sera l'instauration
d'un régime de paix, de justice, de fraternité et de bien, où l'homme est un
frère pour l'homme et respecte sa qualité d'homme, où ne règne aucune forme
d'exploitation ou d'esclavage, où les droits de l'individu sont respectés, et où
le pouvoir de l'Etat est considéré comme un dépôt sacré de Dieu, qui doit être
utilisé pour le bien-être commun. En ce qui concerne le droit, le musulman
essaiera d'en faire l'instrument réel de la justice, pour la protection des
droits de tous - particulièrement des faibles. Il veillera à ce que chacun
reçoive la part qui lui est due, et qu'aucune injustice ou oppression ne soit
infligée à quiconque. Il respectera la loi, la fera respecter et veillera à ce
que la justice soit rendue équitablement.
La vie morale d'un musulman sera toujours empreinte de piété, de dévotion, de
droiture. Il vivra dans le monde avec la conviction que Dieu seul est notre
Maître à tous, que tout ce que lui-même et les autres peuvent posséder leur a
été donné par Dieu, que les pouvoirs dont il dispose ne sont qu'un dépôt de
Dieu, que la liberté qui lui a été conférée doit être utilisée avec discernement
et qu'il est de son propre intérêt de s'en servir selon la Volonté Divine. Il
gardera toujours présent à l'esprit qu'il doit un jour retourner au Seigneur et
lui rendre compte de toute sa vie. Le sentiment de responsabilité restera
toujours fermement implanté dans son esprit et il ne se conduira jamais en
irresponsable et en insouciant.
Songez à l'excellence morale de l'homme qui vit dans de telles dispositions. Sa
vie sera une vie de pureté, de piété, d'amour, d'altruisme. Il sera une
bénédiction pour l'humanité. Son esprit ne sera pas troublé par des pensées
mauvaises et des ambitions perverses. Il s'abstiendra de voir, d'entendre et de
faire le mal. Il maîtrisera sa langue et ne proférera jamais de mensonge. Il
gagnera sa vie de manière juste et honnête et préférera la faim à une nourriture
acquise par l'exploitation ou l'injustice. Il ne sera jamais complice de
l'oppression ou de la violation de la vie humaine et de l'honneur, quelle qu'en
soit la forme. Il ne cédera jamais au mal, quel que soit le prix qu'il ait à
payer pour cela. Il sera la bonté et la noblesse même, et défendra le droit et
la vérité même au prix de sa propre vie. Il aura en horreur toutes les formes
d'injustice, et s'érigera en défenseur de la vérité, que les adversités ne
pourront abattre. Un tel homme sera un pouvoir avec lequel il faut compter.
Lui seul peut réussir car rien au monde ne pourra l'arrêter ou entraver sa
route.
Il sera l'homme le plus honoré et le plus respecté et personne ne pourra le
surpasser dans ce domaine. Comment l'humiliation pourrait-elle atteindre un
homme qui, pour quémander une faveur, ne tend pas la main, ni ne courbe la tête
devant quiconque excepté Dieu Tout Puissant, le souverain du monde?
Il sera l'homme le plus puissant et le plus efficace. Personne ne peut être plus
puissant que lui - car il ne craint personne sauf Dieu, et ne recherche des
bénédictions de personne que de Lui. Quel pouvoir pourrait le détourner du Droit
Chemin? Quelle richesse pourrait acheter sa foi? Quelle force pourrait ronger sa
conscience? Quel pouvoir pourrait influencer son attitude?
Il sera l'homme le plus riche. Personne au monde ne peut être plus riche ou plus
indépendant que lui - car il vivra une vie d'austérité, de contemplation. Il ne
sera pas sensuel, ou faible, ou cupide. Il se contentera de ce qu'il gagne
honnêtement, et même si des monceaux de richesses mal acquis sont places devant
lui, il les repoussera avec mépris. Il aura la paix et le contentement du cœur -
y a-t-il de richesse plus grande que celle-là?
Il sera l'homme le plus révéré, le plus aimé, le plus populaire. Personne ne
peut être plus digne d'amour que lui - car il vit une vie de charité et de
bonté. Il rendra justice à tous, accomplira ses fonctions honnêtement et
travaillera sincèrement pour le bien de tous. Il attirera tout naturellement le
cœur des gens, leur amour et leur estime. Tout le monde l'honorera et lui fera
confiance. Personne n'en est plus digne que lui - car il n'est pas parjure, mais
au contraire un modèle de droiture, fidèle à sa parole et honnête dans ses
actions. Il sera bon et juste dans toutes ses affaires, car il sait que Dieu est
omniprésent, toujours vigilant. Il n'y a pas de mots pour décrire tout le mérite
d'un tel homme. Comment quelqu'un pourrait-il ne pas lui faire confiance? Telle
est la vie d'un véritable musulman.
Si vous avez compris la véritable nature d'un musulman, vous serez convaincu
qu'il ne peut vivre dans l'humiliation, l'asservissement ou la soumission. Il
est destiné à devenir le maître, et aucune puissance terrestre ne peut le
dominer où le subjuguer.
Car l’islam lui inculque les qualités qui ne sauraient être éclipsées par aucun
charme ni aucune illusion.
Et après avoir vécu une vie respectable et honorable sur cette terre, il
retournera à son Créateur, qui répandra sur lui Ses bénédictions - car il a
accompli son devoir honorablement, rempli sa mission avec succès et triomphé de
la mise à l'épreuve. Il a réussi dans sa vie terrestre, et connaîtra dans la vie
ultérieure, la paix, la joie, la félicité éternelles.
Voilà l’islam, la religion naturelle de l'homme, la religion qui n'est associée
à aucune personne, peuple, période ou endroit. C'est la voie de la nature, la
religion de l'homme. De tous temps, en tous lieux, et dans tous les peuples,
tous ceux qui reconnurent Dieu et aimèrent la vérité ont cru en cette religion
et s'y sont conformés. Ils furent tous des musulmans, qu'ils aient appelé ce
mode de vie islam ou pas. Quel qu'en fût le nom, il signifiait islam, et islam
uniquement.
Chapitre 2
La Foi
La foi et l’obéissance
Islam signifie obéissance à Dieu. Il va sans dire que cette obéissance ne peut
être totale que si l'homme connaît certains faits essentiels et en est fermement
convaincu. Quels sont les principes qu'un homme doit connaître pour diriger sa
vie selon les directives divines? C'est ce que nous nous proposons de discuter
dans ce chapitre.
D'abord, il faut avoir une foi inébranlable dans l'existence de Dieu.
L'homme pourrait-il Lui être obéissant, s'il n'est pas intimement persuadé de
Son existence?
Ensuite, il faut connaître les attributs de Dieu. C'est la connaissance de ces
attributs qui permet à l'homme de cultiver en lui-même les qualités les plus
nobles et de mener une vie de vertu et de bonté.
Si on ignore que Dieu existe, qu'Il est l'unique Créateur et Seigneur de
l'univers, et qu'Il ne partage avec aucune autre divinité la plus infime
parcelle de Son pouvoir et de Son autorité, alors on peut devenir la proie des
faux dieux, et leur rendre hommage pour obtenir leurs grâces. Mais si on connaît
l'attribut divin "tawhid " (unicité de Dieu), on ne risque pas de succomber à
cette illusion.
De même, si l'homme sait que Dieu est omniprésent et omniscient, qu'Il voit,
entend et sait tout ce que nous faisons en public et en privé - et jusqu'à nos
pensées non exprimées! - alors comment pourra-t-il se permettre de désobéir à
Dieu? Il se rendra compte qu'il est observé continuellement et se comportera
convenablement. Mais celui qui ignore ces attributs de Dieu peut s'égarer sur la
voie de la désobéissance.
Il en est de même pour tous les attributs de Dieu. Le fait est que les qualités
et les attributs qu'un homme doit posséder s'il veut suivre la voie de l’islam,
ne peuvent être cultivés et développés que grâce à une profonde connaissance des
attributs de Dieu. C'est la connaissance de ces attributs qui purifie l'esprit
et l'âme de l'homme, ses croyances, sa morale, ses actions. Une connaissance
superficielle ou purement théorique de ces attributs ne suffit pas pour la tache
qui l'attend. Il doit posséder une conviction inébranlable, fermement enracinée
dans le cœur et dans l'esprit, pour être à l'abri des doutes insidieux et des
déviations.
De plus, il faut connaître en détail le genre de vie qui peut plaire à Dieu. Si
l'homme ignore ce que Dieu aime ou n'aime pas, comment peut-il choisir l'un et
rejeter l'autre? S'il n'a aucune connaissance de la loi divine, comment peut-il
la suivre? Donc, la connaissance de la Loi Divine et du Code Révélé est
également essentielle à cet égard.
Mais là non plus, la simple connaissance n’est pas suffisante. L'homme doit
avoir une confiance, une conviction pleines et entières que c'est bien la loi
divine et que son salut dépend entièrement de l'observance de ce code. Car la
connaissance sans la conviction n'arrivera pas à aiguillonner l'homme vers le
Droit Chemin, et il risque de se perdre dans l'impasse de la désobéissance.
Enfin, il faut aussi connaître les conséquences de l'obéissance et de la foi, et
celles de l'incrédulité et de la désobéissance. L'homme doit savoir quelles
bénédictions seront répandues sur lui s'il choisit la voie de Dieu et mène une
vie pure, vertueuse et soumise. Et il doit aussi connaître quelles seront les
conséquences néfastes d'une vie de désobéissance et de rébellion. Ainsi la
connaissance de la vie ultérieure qui nous attend après la mort est absolument
essentielle.
L'homme doit avoir une foi inébranlable dans le fait que la mort ne signifie pas
la fin de la vie qu'il y aura la résurrection, qu'il passera devant le tribunal
suprême présidé par Dieu lui-même; qu'au jour du jugement, la justice prévaudra;
que les bonnes actions seront récompensées et les mauvaises punies. Chacun aura
ce qu'il mérite, et il n'y aura pas moyen d'y échapper. Cela doit
obligatoirement arriver. Ce sentiment de responsabilité est tout à fait
essentiel pour une obéissance inconditionnelle à la Loi de Dieu.
Un homme qui n'a aucune idée du monde à venir peut considérer qu'obéissance et
désobéissance sont sans importance. Il peut croire que celui qui obéit comme
celui qui désobéit auront tous les deux la même fin après la mort, ils
retourneront tous les deux à la poussière. Avec une telle mentalité, comment
peut-on s'attendre à ce qu'il se soumette à tous les inconvénients et les
restrictions qui découlent inévitablement d'une vie d'obéissance active, et
évite ces péchés dont l'accomplissement ne lui apporte apparemment aucune perte
morale ou matérielle dans ce monde? Avec cette mentalité, un homme ne peut
accepter de se soumettre à la loi de Dieu. Pas plus qu'un homme qui n'est pas
fermement convaincu de l'existence de la vie ultérieure et du tribunal divin ne
restera ferme et résolu dans les eaux agitées de la vie, au milieu de toutes les
séductions du péché, du crime, du mal; car le doute et l'hésitation privent
l'homme de sa volonté d'agir. On ne peut rester ferme dans sa conduite que si on
est ferme dans ses convictions; or ne peut suivre cette voie de tout son cœur
que si l'on est certain d'avoir intérêt à le faire et si l'on sait quels
désavantages s'ensuivront en cas de désobéissance. Ainsi, pour mener sa vie dans
la voie de l'obéissance à Dieu, il faut une connaissance approfondie des
conséquences de la foi ou de l'incrédulité, ainsi que de la vie ultérieure.
Tels sont donc les faits essentiels que l'on doive connaître si l'on veut vivre
la vie d'obéissance, c'est-à-dire l’islam.
La Foi : Qu’est-ce que cela Signifie ?
La foi est ce que nous avons appelé dans la discussion qui précède
"connaissance", "conviction". Le mot arabe "iman", que nous traduisons par foi,
veut dire littéralement "connaître, croire, être convaincu sans doute possible".
La foi est donc une ferme conviction née de la connaissance. L'homme qui sait,
et est fermement convaincu de l'unicité de Dieu, de Ses attributs, de Sa loi
révélée, du code divin de la récompense et du châtiment, cet homme donc est
appelé "Mou'min" (fidèle). Cette foi mène invariablement l'homme à une vie
d'obéissance et de soumission à la volonté de Dieu. Et celui qui mène cette vie
de soumission est appelé musulman.
Ceci devrait clairement démontrer que sans la foi (iman) personne ne peut être
un vrai musulman, C'est un point essentiel; ou plutôt c’est le point de départ.
Le rapport entre l’islam et l’iman est celui d'un arbre avec sa graine. De même
qu'un arbre ne peut croître sans une graine, de même il n'est pas possible à
l'homme qui n'a pas la foi au départ de devenir un musulman. Cependant, de même
qu'on trouve parfois un arbre qui malgré la graine semée ne pousse pas, et cela
pour des quantités de raisons, ou même s'il pousse, sa croissance est compromise
ou retardée, de même on peut trouver un homme qui a la foi, mais à cause de
certaines faiblesses, peut ne pas devenir un musulman ferme et véritable. Donc
nous voyons que la foi est le point de départ et conduit l'homme à la vie de
soumission à Dieu, et que nul ne peut devenir musulman sans la foi. Au
contraire, un homme peut avoir la foi, mais en raison de la faiblesse de sa
volonté, d'une mauvaise éducation, ou de mauvaises compagnies, il peut ne pas
mener la vie d'un vrai musulman. Du point de vue de l’islam et de l’iman, tous
les hommes peuvent être classés en quatre catégories: a) Ceux qui ont une foi
inébranlable - une foi qui les fait se soumettre à Dieu de tout cœur et sans
restrictions. Ils suivent le chemin du bien et se consacrent de tout leur cœur,
de toute leur âme à plaire à Dieu, en faisant tout ce qu'Il aime, et en évitant
tout ce qu'Il n'aime pas. Dans leur dévotion, ils sont encore plus fervents que
n'est l'homme ordinaire à la poursuite de la richesse et de la gloire. De tels
hommes sont de vrais musulmans.
b) Ceux qui ont la foi, qui croient en Dieu, en Sa loi, au jugement dernier,
mais dont la foi n'est pas assez forte et profonde pour les rendre totalement
soumis à Dieu. Ils sont bien en dessous du rang de vrai musulman, méritent
d'être punis pour leurs manquements et leurs fautes, mais ils sont tout de même
musulmans. Ils sont fautifs d'être coupables, mais non pas rebelles. Ils
reconnaissent le Seigneur et Sa loi, et bien qu'ils la transgressent, ils ne se
sont pas rebellés contre Lui. Ils admettent Sa suprématie et leur propre
culpabilité. Donc ils sont coupables et méritent un châtiment, mais ils restent
musulmans.
c) Ceux qui n'ont pas du tout la foi. Ces hommes refusent de reconnaître la
souveraineté de Dieu et sont des rebelles. Même si leur conduite n'est pas
mauvaise et s'ils ne répandent pas la corruption et la violence, ils restent des
rebelles et leurs actions bonnes en apparence sont de peu de valeur. De tels
hommes sont comme les hors-la-loi. Même si un hors-la-loi commet certains actes
qui sont en conformité avec la loi du pays, il n'en devient pas pour cela un
citoyen loyal et obéissant, de même le bien apparent de ceux qui se rebellent
contre Dieu ne peut compenser la gravité du mal réel, la rébellion et la
désobéissance.
d) Ceux qui ne possèdent pas la foi et ne font pas non plus de bonnes actions.
Ils répandent le désordre dans le monde et perpètrent toutes sortes de violences
et d'oppression. Ils sont les créatures les plus abominables car ils sont des
rebelles, des méchants et de criminels.
Cette classification de l'humanité montre clairement que le véritable succès et
le salut de l'homme dépendent de l’iman (la foi). La vie d'obéissance (islam)
naît de la graine de l'iman. Cet islam peut être parfait ou imparfait. Mais sans
iman il n'y a pas d’islam. Là où il n’y a pas d’islam, il y a koufr. Sa forme et
sa nature peuvent varier, mais de toute façon, ce sera le koufr, et pas autre
chose. Cela souligne l'importance de l'iman vis-à-vis de la vie de soumission
totale et véritable à Dieu.
Comment acquérir la foi en Dieu ?
La question se pose maintenant : comment acquérir la connaissance et la foi en
Dieu, en Ses attributs, Sa loi, et le jugement dernier?
Nous avons déjà fait allusion aux innombrables manifestations de Dieu autour de
nous et en nous-mêmes. Elles attestent qu'il y a un Créateur, et un Créateur
unique, et que c'est Lui qui contrôle et dirige cet univers. Ces témoignages
reflètent les divins attributs du Créateur: Sa grande sagesse, Sa science
universelle, Son Omnipotence, Sa Miséricorde, Sa force, bref, tous Ses Attributs
sont partout visibles dans Ses œuvres. Mais l'esprit et les facultés de l'homme
se sont égarés à force d'observer et d'assimiler ces choses qui sont pourtant
claires et manifestes, bien que ses yeux fussent ouverts pour lire ce qui est
écrit dans la Création. Mais c'est là que les hommes se sont égarés. Certains
ont dit qu'il existe deux Dieux, d'autres ont commencé à croire à la trinité, et
d'autres encore sont tombés dans le polythéisme. Certains se sont mis à adorer
les forces de la nature, et d'autres ont divisé la personne divine en de
multiples déités dieux de la pluie, de l’air, du feu, de la vie, de la mort...
Bien que les manifestations de Dieu fussent parfaitement évidentes, la raison
humaine a trébuché bien des fois et n'a pas réussi à voir la réalité dans Sa
vraie perspective. Elle a rencontré déception sur déception et n'a abouti qu'à
une confusion spirituelle. Nous n'avons guère besoin de nous étendre sur ces
erreurs du jugement humain.
De même en ce qui concerne la vie après la mort, les hommes ont avancé bien des
théories erronées, par exemple qu'après la mort l'homme retourne à la poussière
et ne reviendra jamais plus à la vie ou que l'homme est sujet à tout un
processus de régénérations continue dans ce monde et qu'il est puni ou
récompensé dans cycles de la vie à venir.
La difficulté est encore plus grande quand on vient à la question du mode de
vie. Formuler un code complet et équilibré qui puisse plaire à Dieu uniquement
avec notre raison humaine, est une tache extrêmement difficile. Même si un homme
est pourvu des plus hautes facultés de raison et d'esprit et s'il possède une
sagesse incomparable et l'expérience de nombreuses années réflexion, ses chances
de formuler des vues parfaitement justes sur la vie sont fort réduites. Et même
si après des années de réflexion il y parvient, il ne sera jamais sûr d'avoir
réellement découvert la vérité et adopté la bonne voie.
Bien que l'épreuve la plus juste et la plus complète de la sagesse humaine, de
sa raison, et de sa connaissance eussent été d'abandonner l'homme à ses propres
ressources sans aucune directive extérieure, afin qu'il découvre seul le juste
mode de vie qu'il convient d'adopter sur cette terre, et que ceux qui par leurs
essais et expériences personnels auraient pu découvrir la vérité et la vertu
auraient gagné leur salut tandis que les autres se seraient perdus; Dieu a
cependant évité à Ses créatures humaines une épreuve aussi difficile. Par Sa
grâce et bienveillance Il a suscité pour l'humanité des hommes élus d'entre les
hommes auxquels Il a révélé Ses attributs, loi et le Juste Code de Vie, leur a
fait connaître la signification et le but de cette vie ainsi que de la vie
ultérieure, et leur a ainsi montré la route qui mène au succès et à la félicité
éternelle. Ces hommes élus sont les Messagers de Dieu - Ses Prophètes. Dieu leur
a communiqué la connaissance et la sagesse par le moyen du Wahy (la révélation)
et le livre contenant les communications divines est appelé le livre de Dieu, ou
la Parole de Dieu. L'épreuve de la sagesse et de l'esprit de l'homme réside donc
en cela après avoir soigneusement observé sa vie pure et pieuse et ses
enseignements pleins de noblesse, saura-t-il reconnaître le Messager de Dieu?
Celui qui possède du bon sens et une saine sagesse reconnaîtra la véracité des
instructions dictées par le Messager; s'il rejette le Messager de Dieu et ses
enseignements ce refus indiquera qu'il est complètement incapable de découvrir
la vérité et la justice, et qu'il a échoué à cette épreuve. Un tel homme ne sera
jamais capable de découvrir la vérité sur Dieu et sur Sa loi ou sur la vie
ultérieure.
Foi dans l’Inconnu
C'est une expérience quotidienne que lorsque vous ne connaissez pas quelque
chose, vous cherchez quelqu'un qui la connaît, vous vous fiez à son avis, et
vous le croyez. Si vous tombez malade et que vous ne pouvez vous soigner
vous-même, vous cherchez un médecin, vous acceptez et suivez ses instructions
sans discuter. Pourquoi? Parce qu'il est qualifié pour donner un avis médical
qu'il a de l'expérience, et a soigné et guéri un certain nombre de malades. Par
conséquent, vous vous conformez à son avis, vous faites tout ce qu'il vous
conseille de faire, et évitez tout ce qu'il vous interdit. De même en matière de
procès, vous faites confiance en votre avocat et agissez selon ses directives.
De même en matière d'éducation avec votre professeur. Quand vous désirez vous
rendre à un endroit, et que vous n’en connaissez pas le chemin, vous demandez à
quelqu'un qui le sait et vous suivez la direction qu'il vous indique. Bref,
l'attitude raisonnable que vous adoptez tout au long de votre vie propos de
choses que vous ignorez, est que vous consulte; quelqu'un qui est au courant,
vous acceptez son conseil et agissez en conséquence. Comme votre propre
connaissance est insuffisante, vous cherchez soigneusement quelqu'un de mieux
renseigné et acceptez ses dires. Vous prenez le plus grand soin pour choisir la
personne compétente mais une fois que vous l'avez choisie, vous acceptez ses
conseils sans discuter. Ceci s'appelle "la foi en l'inconnu". Car ici, vous avez
fait confiance à quelqu'un qui sait sur des matières que vous ne connaissez pas.
C'est précisément l'iman bil ghayb.
L'iman bil ghayb signifie que vous arrivez à la connaissance de ce que vous
ignoriez par l'intermédiaire de quelqu'un qui sait. Vous ne connaissez pas Dieu
et ses véritables attributs. Vous ignorez que Ses anges dirigent le mécanisme de
l'univers selon Ses ordres, et qu'ils vous entourent de toutes parts. Vous ne
savez pas exactement quel mode de vie est susceptible de plaire à votre
Créateur; et vous êtes dans l'ignorance en ce qui concerne la vie ultérieure. La
connaissance sur toutes ces matières vous sera donnée par les Prophètes qui ont
été en contact direct avec l'Etre divin et ont reçu la connaissance correcte.
Ils sont sincères, intègres, dignes de confiance, pieux, et leur vie de pureté
absolue est un témoin irrévocable de la vivacité de leurs dires. Et par-dessus
tout, la sagesse et la force de leur message vous obligent à admettre qu'ils
disent la vérité, et que tout ce qu'ils prêchent mérite d'être cru et suivi.
Cette conviction qui est la vôtre est l'iman bil ghayb. Une telle attitude
capable de discerner la vérité et de la reconnaître (c'est-à-dire l'iman bill
ghayb) est essentielle pour l'obéissance à Dieu, et pour agir en accord avec Son
bon plaisir, car vous n'avez pas d'autre intermédiaire que le Messager de Dieu
pour atteindre la vraie connaissance, et sans connaissance véritable vous ne
pourrez avancer sûrement sur le chemin de l’islam.
Chapitre 3
La Mission Prophétique
Notre discussion a mis en évidence les points suivants :
I- Il est juste que l'homme vive une vie d'obéissance à Dieu, et pour cela, la
connaissance et la foi sont absolument nécessaires: connaissance de Dieu et de
Ses attributs, de ce qu'Il aime et de ce qu'Il n'aime pas, de Sa voie et du Jour
du Jugement Dernier; et une foi inébranlable en la véracité de cette
connaissance – ceci est l'Iman.
II- Dieu a bien voulu épargner à l'homme d'avoir à conquérir cette connaissance
au prix d'un effort personnel. Il n'a pas placé l'homme devant cette épreuve
difficile, mais Il a révélé cette connaissance aux Prophètes choisis parmi les
hommes, leur ordonnant de transmettre Sa volonté aux autres créatures humaines
et de leur montrer le Droit Chemin. Cela a évité à l'homme de terribles
calamités.
III- Enfin, le devoir de tous, hommes et femmes, est de reconnaître un prophète,
et après s'être assuré qu'il est véritablement l'Envoyé de Dieu, d'avoir foi en
lui et en son enseignement, d'obéir scrupuleusement et de marcher dans ses pas.
Ceci est la voie du salut. Dans ce chapitre nous discuterons de la nature, de
l'histoire et des autres aspects de la mission prophétique.
Sa nature et sa nécessité
Vous pouvez voir que Dieu a très gracieusement fourni à l'homme tout ce dont il
a besoin dans cet univers. Le nouveau-né vient au monde avec des yeux pour voir,
des oreilles pour entendre, un nez pour sentir et respirer, des mains pour
toucher, des pieds pour marcher, et un esprit pour penser et réfléchir. Toutes
les facultés et pouvoirs dont il pourra avoir besoin quand il sera un homme, ont
été merveilleusement logés dans son petit corps. Les moindres besoins ont été
prévus, rien n'a été oublié.
Il en est de même dans l'univers où il vit, Tout ce qui est essentiel à son
existence y est fourni en abondance - air, lumière, chaleur, eau, etc. Du jour
où il ouvre les yeux, l'enfant trouve sa nourriture dans le sein de sa mère. Ses
parents l'aiment instinctivement, et dans leur cœur a été implanté l'instinct
protecteur qui les incite à l'élever et à sacrifier leur bien-être pour le sien
propre. Ainsi, affectueusement protégé, l'enfant atteint la maturité et à chaque
stage de sa vie trouve dans la nature tout ce dont il a besoin.
Toutes les conditions matérielles de survie et de croissance lui sont fournies
et il peut se rendre compte que l'univers tout entier est à son service et le
sert à chaque instant.
Bien plus, l'homme a la chance de disposer de tous les pouvoirs et facultés -
physiques, mentaux et moraux - dont il a besoin dans sa lutte pour la vie. A ce
propos, Dieu a pris des dispositions merveilleuses: Il n'a pas réparti les dons
strictement également entre les hommes. S'il l'avait fait, cela aurait rendu les
hommes totalement indépendants les uns des autres et aurait ainsi nui à la
conception de coopération et d'entraide. Donc, bien que l'humanité dans son
ensemble dispose de tout ce dont elle a besoin, entre les hommes cependant les
facultés sont distribuées inégalement et avec parcimonie. Certains ont une
grande force physique, d'autres se distinguent par leurs capacités
intellectuelles. Certains sont nés avec une grande aptitude pour les arts, la
poésie, la philologie, d'autres ont des talents d'orateur, ou le sens de la
stratégie, des dons pour le commerce, l'esprit mathématique, la curiosité
scientifique, l'observation littéraire, un penchant pour la philosophie... Ces
aptitudes particulières distinguent chaque homme, et lui permettent de saisir
les subtilités qui échappent au commun des mortels. Ces institutions, ces
aptitudes et ces talents sont des dons de Dieu. Ils sont dans la nature de ceux
que Dieu a destinés à être ainsi distingués. Ces dons sont innés et ne peuvent
s’acquérir par l'entraînement ou l'éducation.
Si l'on songe à cette répartition des dons divins, on s'aperçoit qu'elle a été
merveilleusement faite. Les capacités qui sont essentielles pour la survie de la
culture humaine ont été données à l'homme moyen. tandis que les talents
extraordinaires qui ne sont nécessaires que dans une mesure moindre, ont été
donnés seulement à un petit groupe de gens. Il y a un grand nombre de soldats,
de paysans, d'artisans, d'ouvriers; mais les chefs militaires, les savants, les
hommes d'état et les intellectuels sont relativement peu nombreux. Il en est de
même dans tous les domaines. La règle générale semble être la suivante plus une
faculté est développée, plus le génie est grand, moins il y a de gens qui le
possèdent. Les grands génies qui laissent une empreinte ineffaçable sur
l'histoire humaine et dont les exploits ouvrent la voie à l'humanité pendant des
siècles, sont encore bien moins nombreux.
Ici se pose une autre question l'humanité a-t-elle besoin d'experts et de
spécialistes uniquement dans le domaine du droit, de politique, de la science,
des mathématiques. de la technique, de la mécanique, des finances, de
l'économie. Ou bien a-t-elle également besoin d'hommes qui puissent lui indiquer
le Droit Chemin – la voie de Dieu et du salut? D'autres experts font connaître à
l'homme tout ce qui existe dans l'univers, ainsi que les moyens et les méthodes
pour les utiliser. Sans doute faut-il quelqu'un pour expliquer à l'homme quel
est le but suprême de cette création et la signification de la vie, qu'est-ce
que l'homme lui-même, pourquoi il a été crée qui lui à fourni les pouvoirs et
les ressources dont il dispose, et pourquoi, quel est l'idéal ultime de la vie
et comment y parvenir, quelles sont les valeurs réelles et comment les
atteindre. Voilà quel est le besoin primordial de l'homme et s'il ignore cela,
il ne trouvera jamais de base solide ni ne réussira dans cette vie comme dans la
vie future.
Notre raison se refuse à croire que Dieu qui a tout prévu pour l'homme, jusqu'au
plus banal de ses besoins, ait pu omettre de pourvoir à ce besoin, le plus grand
et le plus vital d'entre tous. Il ne peut en être ainsi. Et il n'en est pas
ainsi. Dieu a produit des hommes éminents dans les arts et dans les sciences,
mais il a également suscité des hommes à l'intuition profonde, clairvoyants et
aptes à connaître et assimiler. C'est à eux qu'Il a lui-même révélé le chemin de
la piété et de la vertu. Il leur a expliqué les buts de la vie et les valeurs
morales, et leur a confié la mission de communiquer la Divine Révélation aux
autres êtres humains et de leur montrer le Droit Chemin. Ces hommes sont les
Prophètes, les Messagers de Dieu.
Les Prophètes se distinguent dans la société humaine par leurs aptitudes
spéciales, leurs extraordinaires capacités et leurs aptitudes naturelles. Le
génie ne se réclame que de lui-même et convainc automatiquement les autres. Par
exemple, quand on écoute un vrai poète, on reconnaît de suite son génie
extraordinaire. Ceux qui ne possèdent pas naturellement ce talent n'arriveront
jamais à atteindre cette excellence même en essayant de toutes leurs forces. De
même pour les orateurs, les écrivains, les chefs, les inventeurs nés. Chacun de
ces talents se remarque par son ampleur et ses résultats extraordinaires. Les
autres ne peuvent soutenir la comparaison. De même avec le prophète. Son esprit
saisit des problèmes qui échappent aux autres cerveaux; il explique les sujets
que personne ne peut aborder; son intuition éclaire des questions si subtiles et
si compliquées que personne ne réussirait à comprendre, même après des années de
réflexion et de méditations profondes. La raison approuve tout ce qu'il dit; le
cœur sent que cela est vrai; l'expérience et les observations des phénomènes du
monde attestent toutes la véracité de ses paroles.
Mais si nous essayons nous-mêmes d'en faire autant, c'est un échec. La nature et
les dispositions du prophète sont si bonnes et si pures que son attitude est
toujours digne de confiance, et noble. Il ne commet pas de mal, ni ne profère de
mauvaises paroles. Il indique toujours la vertu et pratique lui-même ce qu'il
prêche aux autres. En aucun cas sa vie n'est en désaccord avec ses idéaux. Ni
ses paroles ni ses actes ne sont dictés par l'intérêt personnel. Il souffre pour
le bien des autres, sans attendre de réciproque. Sa vie tout entière est un
exemple de vérité, de noblesse, de pureté de nature, de pensée élevée, de la
forme la plus exaltée d'humanité. Son caractère est irréprochable et sa vie est
exempte de faiblesses. Tous ces faits, tous ces attributs prouvent qu'il est le
prophète de Dieu et qu'on peut avoir foi en lui.
Quand il devient évident que telle personne est le véritable prophète envoyé de
Dieu, il est par-là même logique d'écouter ses paroles, de suivre ses
instructions, d'exécuter ses ordres. Il serait tout à fait illogique de
reconnaître un homme comme vrai prophète de Dieu, et ensuite de ne pas croire en
ce qu'il dit ou de ne pas suivre ce qu'il ordonne car l'acceptation même de cet
homme comme un prophète envoyé de Dieu signifie que l'on admet que ses paroles
viennent de Dieu, et que toutes ses actions sont en conformité avec la volonté
et le Plaisir de Dieu. Lui désobéir, c'est désobéir à Dieu, et désobéir à Dieu
n'amène que ruine et désolation. C'est pourquoi la reconnaissance même du
prophète vous oblige à vous incliner devant ses instructions et les accepter
sans murmurer quelles qu'elles soient. Peut-être ne pourrez-vous pas saisir la
sagesse ou l'utilité de tel ou tel ordre, mais le fait même qu'une instruction
émane du prophète est une garantie suffisante de sa véracité, et il ne saurait y
avoir la place pour le doute ou la suspicion. Si vous ne le comprenez pas cela
ne veut pas dire qu'il a fait une erreur, car la compréhension de l'homme
ordinaire n'est pas parfaite. Elle a ses limitations qui ne peuvent être
ignorées. Il est évident que celui qui ne connaît par un art à fond, ne peut en
saisir les subtilités, mais il serait stupide de rejeter ce que dit un expert
simplement parce qu'on ne comprend pas parfaitement son jugement! Il faut noter
que dans toutes les affaires importantes de ce monde, on a besoin des conseils
d'un expert, et lorsque vous vous adressez à lui, vous lui faites confiance.
Vous préférez ne pas juger par vous-mêmes mais suivre ses conseils. Tout le
monde ne peut exceller dans tous les arts et les métiers. Les gens ordinaires
font de leur mieux, et pour les choses qu'ils ignorent, emploient toute leur
sagesse et leur sagacité à trouver l'homme qualifié qui pourra les guider et les
aider une fois qu'ils l'ont trouvé, ils acceptent et suivent ses conseils. Quand
vous êtes persuadé que telle personne est l'homme le plus qualifié pour le
problème qui vous occupe, vous sollicitez ses conseils et directives et vous lui
faites confiance. L'interrompre à chaque instant pour dire: "Expliquez-moi cela
avant d'aller plus loin", sera évidemment ridicule. Quand vous engagez un homme
de loi pour un litige, vous ne vous mêlez pas de ce qu'il fait à chaque nouvelle
procédure. Il vaut mieux lui faire confiance et suivre ses conseils.
Pour un traitement médical, vous allez consulter le médecin, et vous vous
conformez à ses instructions. Vous n'intervenez pas dans les questions médicales
et vous n'exercez pas vos dons de logique à argumenter avec le médecin. C'est la
conduite qu’il convient d'adopter dans la vie. Il doit en être de même en
matière de religion. Vous avez besoin de connaître Dieu, et de trouver le mode
de vie qui peut Lui plaire; et vous n'avez pas de moyens d'acquérir cette
connaissance. Il vous incombe par conséquent à chercher un vrai prophète de Dieu
et il vous faudra user de soin infini, de discernement et de sagacité dans cette
recherche, car si vous choisissez personne qui n'est pas un vrai prophète, il
vous entraînera sur la mauvaise voie. Si, cependant, après avoir mûrement pesé
et réfléchi, vous finissez par décider que telle personne est réellement le
prophète envoyé de Dieu, alors vous devez lui faire entièrement confiance et
obéir fidèlement à toutes ses instructions.
Maintenant il est clair que le Droit Chemin est celui, et celui seul que le
prophète déclare venir de Dieu. On comprendra aisément que la foi et
l'obéissance au prophète sont absolument vitales pour tout le monde, et qu'un
homme qui rejette les instructions du prophète et essaie de se frayer lui-même
une route, dévie du Droit Chemin, et est sûr de s'égarer.
En cette matière, les hommes se sont rendus coupables d'étranges erreurs.
Certains ont admis que le Prophète était intègre et digne de confiance, mais
n'avaient pas l'iman (la foi an lui) ni ne suivaient ses conseils pour diriger
leur vie. Ils sont non seulement des kafirs mais aussi se comportent d'une
manière très imprudente et illogique: car ne pas écouter le prophète après
l'avoir reconnu comme tel, signifie que l'on s'engage volontairement dans
l'erreur. Peut-il y avoir de plus grande folie!
D'autres ont déclaré: "Nous n'avons pas besoin de prophète pour nous guider et
nous pouvons trouver nous-mêmes le chemin de la vérité". Ceci est également une
vue erronée. Vous avez probablement étudié la géométrie, et vous savez qu'entre
deux points il ne peut y avoir qu'une ligne droite, et une seule, et que toutes
les autres lignes sont courbes ou alors ne touchent pas les deux points à la
fois. C'est la même chose pour le chemin de la vérité, qui dans le langage de
l’islam s'appelle "Sirat Al-moustaqim" (la route droite). Ce chemin part de
l'homme et va droit à Dieu, et il n'en existe qu'un seul et unique; tous les
autres chemins sont des aberrations. Cette route droite a été tracée par le
prophète et il ne peut y an avoir d'autre. L'homme qui dédaigne ce chemin et
cherche d'autres voies est victime de sa propre imagination. Il choisit une voie
et s'imagine que c'est la bonne, mais il se perd bientôt dans les méandres et le
labyrinthe de son imagination. Que pouvez-vous penser de quelqu'un qui s'est
égaré, quand une personne secourable lui montre la route à suivre, ignore
complètement le conseil et déclare: "Je n'ai que faire de vos directives et ne
prendrai pas le chemin que vous m'avez indiqué, mais je vais moi-même partir au
hasard dans cette région inconnue et essayer d'atteindre ma destination à ma
manière"? Cette manière d'agir serait vraiment stupide quand on dispose des
directives lumineuses des prophètes. Si tout le monde essaie de repartir de
zéro, cela sera une énorme perte de temps et d'énergie. Nous ne faisons jamais
cela dans le domaine de la science ou des arts; pourquoi le faire dans le
domaine de la religion?
C'est une attitude assez commune et en réfléchissant un peu, on voit combien
elle est erronée et défectueuse. Mais si l'on y pense un peu plus profondément,
on remarque que celui qui refuse de faire confiance au vrai prophète ne
découvrira pas le droit chemin, direct ou non, qui mène à Dieu. Cela, parce que
celui qui refuse de suivre les conseils d'un homme épris de vérité, adopte
par-là même une attitude si perverse que les perspectives de la vérité lui
resteront étrangères et qu'il devient la victime de sa propre obstination, de
son arrogance, de ses préventions et de sa perversité. Ce refus provient souvent
d'un amour-propre mal placé, d'un conservatisme aveugle, et d'une adhésion
obstinée aux traditions ancestrales, ou d'un abandon aux bas instincts dont
l'assouvissement devient impossible si l'on se soumet aux enseignements des
prophètes. Si un homme se trouve dans un tel état d'esprit, le chemin de la
vérité lui restera fermé. Tel un malade de la jaunisse, il ne peut voir les
choses avec les couleurs de la réalité. Il ne découvrira aucune route vers le
salut. Mais d'autre part, si un homme est sincère, aime la vérité, et s'il n'est
l'esclave d'aucun des complexes que nous venons de citer, la route de la réalité
s'ouvrira devant lui, et il n'a aucune raison de rejeter les paroles du
prophète. Au contraire, il découvre dans les enseignements du prophète l'écho
même de sa propre âme, et se découvre en découvrant le Prophète.
Et par-dessus tout, le vrai prophète est suscité par Dieu lui-même.
C'est Lui qui l'a envoyé vers l'humanité pour transmettre Son message à Son
peuple. Dieu lui-même nous ordonne d'avoir foi en le prophète et de l'écouter.
Donc celui qui refuse de croire en lui refuse en fait de suivre les
commandements de Dieu et devient un rebelle. Il est incontestable que celui qui
refuse de reconnaître l'autorité du représentant du souverain, refuse en fait
celle du souverain lui-même. Cette désobéissance fait de lui un rebelle. Dieu
est le Seigneur de l'univers, le vrai Souverain, le Roi des Rois, et c'est le
devoir le plus strict de tout homme de reconnaître l'autorité de Ses messagers
et de Ses apôtres, et de leur obéir comme à ses prophètes accrédités. Celui qui
se détourne du prophète de Dieu est sûrement un Kâfir, qu'il soit croyant en
Dieu ou incroyant.
Bref historique
Examinons maintenant l'histoire du message prophétique. Voyons quels furent les
premiers maillons de cette longue chaîne de prophètes qui aboutit à l'apostolat
du dernier des prophètes, Muhammad (Saluts et bénédictions d'Allah sur lui).
La race humaine est issue d'un seul homme Adam. C'est à partir de lui et de sa
postérité que la famille humaine s'est agrandie et multipliée. Tous les êtres
humains en ce monde sont les descendants de ce couple originel: Adam et Eve.
L'histoire et la religion sont d'accord sur ce point [c’est une conception
révolutionnaire très importante. Sa conséquence logique est l'unité de
l’humanité et l’égalité entre tous les êtres humains. Il est stupide de faire
une discrimination fondée sur de notions de classe, de couleur, de race ou de
territoire. A une époque où le nationalisme, le racisme, et l'anti islamisme
sanglant déchirent le monde, cette croyance en l'unité de l'humanité est une
réconfortante lueur d'espoir pour le futur]. Des investigations scientifiques
sur l'origine de l'homme n'ont jamais pu démontrer qu'à l'origine ont apparu
différents hommes, simultanément ou à des moments différents, dans différentes
parties du globe. La plupart des savants supposent qu'un premier homme aurait
d'abord existé, et que la race humaine tout entière serait issue de ce même
homme.
Adam, le premier homme sur la terre, fut également le premier prophète de Dieu
qui lui révéla Sa religion - l’islam - et lui ordonna de la transmettre à ses
descendants de leur enseigner qu'Allah est Un, le Créateur, le Soutien du monde
qu'il est le Seigneur de l'Univers, et Lui seul doit être adoré et obéi que
c’est vers Lui qu'ils devront retourner un jour; qu'à Lui seul ils doivent
demander de les secourir, qu'ils devraient mène une vie pieuse et honnête, qui
plaise à Dieu. S'ils vivaient ainsi, ils seraient bénis par Dieu et récompensés
comme ils le méritent, mais s'ils se détournaient de Lui, et Lui désobéissaient,
ils seraient perdants dans cette vie comme dans l'autre, et sévèrement punis
pour cette incrédulité et cette désobéissance.
Les meilleurs parmi les descendants d'Adam suivirent le droit chemin indiqué par
leur père mais les méchants abandonnèrent ses enseignements et dérivèrent
graduellement dans des directions erronées. Certains se mirent à adorer le
soleil, la lune, les étoiles; d'autres, les arbres, les animaux et les fleuves.
Certains crurent que l'air, l'eau, le feu, la santé, tous les bienfaits et les
forces de la Nature étaient les attributs de dieux divers et qu’il fallait tous
les adorer pour se concilier leurs grâces. De cette manière, l'ignorance
produisit de nombreuses formes de shirk ou polythéisme et d'idolâtrie, et les
religions se multiplièrent. C'était l'époque où la descendance d'Adam s'était
largement répandue à la surface du globe et avait formé plusieurs races et
nations. Chaque nation s'était constituée sa propre religion, avec ses cultes et
ses rites propres. Dieu - le seul Seigneur et Créateur de l'humanité et de
l'univers - était complètement oublié. Bien pis, les descendants d'Adam
oublièrent jusqu'au genre de vie qui leur avait été prescrit par Dieu et que
leur grand ancêtre leur avait enseigné. Ils avaient suivi leurs propres
tendances. Les pratiques mauvaises et les idées erronées se multiplièrent. Les
hommes commencèrent à ne plus savoir distinguer le bien du mal; beaucoup de
mauvaises choses furent considérées comme bonnes, et beaucoup de bonnes choses
étaient non seulement ignorées mais considérées comme mauvaises [Cette
conception de l’histoire des religions est diamétralement opposée à la
conception appelée évolutionniste de la religion, qui considère l’adoration de
la nature comme le premier stage; ces personnes s’arrêtent aux manifestations de
l’adoration de la nature dans les sociétés primitives, mais ne tentent pas
d’explorer les formes encore plus anciennes dont celle adoration n’est que la
forme corrompue et pervertie. Des études scientifiques plus récentes confirment
l’idée que le Tawhîd (adoration d'un seul dieu) fut la forme la plus ancienne
d’adoration et que toutes les autres formes sont des déviations plus tardives de
cette religion universelle. Ceux qui désirent approfondir ce sujet, peuvent
consulter le remarquable traité du Professeur W Schmidt - The Origin and Growth
of Religions – [(traduction anglaise de H.-J. Rose. London, Methuen). A ce
stade, Dieu commença à susciter des prophètes parmi chaque nation, qui
prêchèrent l’islam, Chacun rappela à son peuple la leçon qu'il avait oubliée.
Ils leur enseignèrent l'adoration de Dieu, mirent fin à l'idolâtrie et à la
pratique du shirk (associer d'autres divinités à Dieu) se débarrassèrent de
toutes les coutumes issues de l'ignorance, leur inculquèrent le mode de vie
qu'il convient de pratiquer pour plaire à Dieu, et leur donnèrent des codes de
lois pour vivre en société. Les prophètes de Dieu furent suscités dans tous les
pays, parmi tous les peuples. Ils professaient tous la même religion - l’islam
[Il existe une conception très erronée, répandue surtout parmi les écrivains
occidentaux, selon laquelle l’islam doit son origine au prophète Muhammad
(Saluts et bénédictions d'Allah sur lui) et certains vont même jusqu’ l'appeler
le fondateur de l’islam. C’est un travesti de la vérité. L’islam a été la
religion de tous les prophètes de Dieu, et tous ont apporté le même message. Les
prophètes n’ont pas été les fondateurs de l’islam: ils en ont été les messagers.
L'islam est la Révélation Divine transmise à l'humanité par les vrais
prophètes].
Sans doute, les méthodes d'enseignement et les codes de lois des divers
prophètes différaient selon les besoins et le niveau de culture du peuple auquel
ils étaient destinés. Les enseignements particuliers de chaque prophète étaient
déterminés par les maux auxquels ils devaient être confrontés et qu'ils
essayaient d'extirper.
Les méthodes de réforme différaient aussi pour être mieux à même de combattre
telle ou telle idée. Si une nation n'avait atteint qu'un stade encore assez
primitif de sa civilisation et de son développement intellectuel, les lois et
les principes des prophètes étaient simples; ils se modifiaient et
s'amélioraient en fonction de l'évolution et de la progression de la société.
Ces différences cependant sont purement formelles et superficielles. Les
enseignements fondamentaux de toutes les religions étaient les mêmes: croyance
en l'unicité de Dieu, vie pieuse, vertueuse et paisible, croyance en une vie
après ta mort avec son juste système de récompense et de châtiment.
L'attitude de l'homme envers les vrais prophètes de Dieu a été bien étrange.
D'abord, il les maltraita, et refusa d'écouter et de suivre leurs enseignements.
Certains prophètes furent exilés, d'autres assassinés; d'autres face à
l'indifférence du peuple, continuèrent à prêcher toute leur vie, pour ne gagner
qu'une poignée de disciples.
Au milieu de l'opposition, de la dérision, des humiliations lassantes auxquelles
ils étaient perpétuellement sujets, ces apôtres de Dieu cependant
n'abandonnèrent pas la prédication. Leur détermination patiente triompha
finalement leur enseignement ne resta pas sans effet. D'importants groupes de
peuples et de nations acceptèrent leur message et se convertirent à leurs idées.
Les erreurs nées de siècles de déviation, d'ignorance et de pratiques mauvaises
prirent alors une autre forme tant: que les prophètes furent en vie, leurs
enseignements furent suivis et acceptés, mais après leur mort, les nations
réintroduisirent leurs vieilles erreurs dans leurs religions et altérèrent les
directives des prophètes. Ils adoptèrent des formes nouvelles d'adoration;
certains se mirent même à adorer leur prophète, en firent tantôt les
incarnations de Dieu, tantôt les fils de Dieu; certains associèrent même leurs
prophètes avec Dieu dans la divinité. Bref, les diverses attitudes qu'adopta
l'homme à cet égard étaient un travesti de sa raison et une dérision; il
idolâtra les personnes même dont la mission sacrée avait été de détruire les
idoles. En mélangeant la religion, la coutume et les rites de l'ignorance, les
anecdotes fausses et sans fondement et des lois inventées par eux-mêmes, les
hommes changèrent et pervertirent à un tel point l'idéologie des prophètes
qu'après plusieurs siècles, elle était devenue un mélange de réel et de fiction,
et les enseignements des prophètes disparurent dans un conglomérat de
perversions et de fiction, au point qu'il était impossible de distinguer le
grain de la balle. Et, non contents de corrompre les enseignements des
prophètes, ils introduisirent des anecdotes inventées et des traditions
apocryphes aux vies de leurs prophètes, et défigurèrent à un tel point leurs
biographies qu'il devint impossible d'en faire un rapport exact et digne de foi.
En dépit de ces corruptions ultérieures, le travail des prophètes ne fut pas
complètement inutile. Parmi toutes les nations, en dépit de toutes les
interpolations et altérations, il est resté quelques traces de la Vérité. L'idée
de Dieu et de la vie qui suit la mort, quelques principes de bonté et de
moralité, ont été définitivement adoptés et assimilés sous une forme ou une
autre par tous les peuples. Les prophètes ont donc préparé moralement leurs
peuples respectifs à recevoir une religion universelle - une religion en
harmonie parfaite avec la nature humaine, qui fût la somme de tout ce qu'il y
avait de bon dans les croyances et les sociétés antérieures, et communément
acceptable par l'humanité tout entière.
Comme nous l'avons déjà dit, au commencement des prophètes différents apparurent
dans chaque nation, et leur enseignement était conçu spécialement pour convenir
à chaque peuple. La raison en était qu'à ce stade de l'histoire, les nations
vivaient séparées et tellement isolées les unes des autres que chacune restait
confinée à l'intérieur de ses limites géographiques et que les possibilités
d'échange étaient pratiquement inexistantes. Dans de telles circonstances, il
était extrêmement difficile de propager une Foi Mondiale commune avec un système
commun de lois et de règles pour la vie sur cette terre. D'ailleurs, les
conditions générales des nations de l'Antiquité variaient énormément entre
elles. L'ignorance était immense et avait produit selon les peuples des formes
différentes d'aberrations morales et de corruption de la foi. Il était donc
nécessaire que différents prophètes fussent suscités pour leur prêcher la Vérité
et les gagner à la voie du Seigneur; pour éliminer progressivement les maux et
les aberrations, les arracher à leur ignorance, leur enseigner à pratiquer les
nobles principes d'une vie simple, pieuse et honnête, et aussi les éduquer dans
les arts et les métiers de la vie. Dieu seul sait combien de siècles
s'écoulèrent ainsi à éduquer l'homme et à le faire progresser mentalement,
moralement et spirituellement. De toute façon, l'homme ne cessa de progresser,
et finalement il arriva le temps où il quitta le stade de l'enfance, et
atteignit la maturité.
Avec le progrès et le développement du commerce, de l'industrie et des arts, des
relations s'établiront entre les nations. De la Chine et du Japon, des
lointaines terres d'Europe et d'Afrique, des itinéraires réguliers furent
ouverts sur terre comme sur mer. Beaucoup de gens apprirent à lire et à écrie
l'instruction augmenta. Les idées et le savoir commencèrent à se communiquer de
pays à pays. De grands conquérants apparurent: ils étendirent leurs conquêtes,
constituèrent de vastes empires et réunirent sous la même domination des nations
très différentes. Ainsi, les peuples se rapprochèrent et les différences
s'estompèrent.
Les conditions se trouvaient ainsi réunies pour qu'une foi unique préconisant un
mode de vie universel, répondant à tous les besoins humains, moraux, spirituels,
sociaux, culturels, politiques, économiques et autres des hommes, et comprenant
à la fois des éléments religieux et séculiers, fût envoyée par Dieu à l'humanité
tout entière. Il y a plus de deux mille ans, l'humanité avait un stade de
développement mental qui aspirait à une religion universelle Le Bouddhisme, qui
ne comprenait que quelques principes moraux, mais n'était pas un système de vie
complet, prit naissance en Inde, s'étendit jusqu'au Japon et la Mongolie d'une
part, et en Afghanistan et à Bakhara d'autre part. Ses missionnaires
parcoururent le monde. Quelques siècles plus tard, le christianisme apparut.
Bien que la religion enseignée par Jésus (la paix soit sur lui) ne fût autre que
l'islam, ses disciples et partisans la réduisirent à un mélange appelé
christianisme, et cette religion, manifestement destinée aux seuls Israélites,
fut répandue dans les contrées reculées de la Perse et de l'Asie Mineure,
d'Europe et d'Afrique. Ces événements prouvent clairement que les conditions de
cette époque exigeaient une religion commune à toute l'humanité, et le besoin
s'en faisait sentir si fort, qu'à défaut de religion véritable et complète les
hommes commencèrent à embrasser les religions existantes, tout imparfaites
qu'elles fussent. A un stade aussi crucial de la civilisation, quand l'esprit
humain lui-même exigeait une religion mondiale, un prophète fut suscité en
Arabie pour le monde entier et pour toutes les nations. La religion qu'il fut
chargé de propager était à nouveau l'islam, mais cette fois sous la forme d'un
système complet, achevé, s'appliquant à tous les aspects de la vie matérielle et
individuelle de l'homme. Il fut fait prophète de toute la race humaine, et sa
mission s'étendait au monde entier. C'est Muhammad, le prophète de l’islam
(Saluts et bénédictions d'Allah sur lui).
La mission prophétique de Muhammad (Saluts et bénédictions d'Allah sur lui)
Jetons un coup d'œil sur la carte du monde. Nous nous apercevons qu'il n'y avait
pas de pays plus approprié que l'Arabie pour cette religion universelle devenue
si nécessaire. L'Arabie est située entre l'Asie et l'Afrique, pas trop loin de
l'Europe. A l'époque de Muhammad (Saluts et bénédictions d'Allah sur lui), la
partie méridionale de l'Europe était habitée par des nations civilisées et
culturellement développées et ainsi, ces peuples se trouvaient à distance à peu
près égale de l'Arabie que les peuples de l'Inde. Ceci donnait en Arabie une
position centrale.
Si vous étudiez l'histoire de cette époque, vous verrez également qu'aucun autre
peuple n'était plus approprié pour recevoir l'apostolat que les Arabes.
Les grandes nations du monde avaient combattu sans merci pour la suprématie
mondiale, et dans cette longue et incessante lutte, avaient épuisé toutes leurs
ressources et leur vitalité. Les Arabes étaient un peuple neuf et viril. Le
soi-disant progrès social avait produit de mauvaises habitudes parmi les nations
développées tandis que parmi les Arabes, il n'existait pas de telle organisation
sociale. Ils étaient par conséquents dénués de la paresse, de l'avilissement, et
des vices nés du luxe et de la satiété sensuelle.
Les Arabes païens du VII ème siècle n'avaient pas été affectés par les mauvaises
influences des systèmes sociaux et de la civilisation artificielle des grandes
nations du monde. Ils possédaient toutes les qualités humaines saines d'un
peuple non atteint par le "progrès social" du temps. Ils étaient courageux,
généreux, fidèles à la parole donnée, épris de liberté, politiquement
indépendants, libres de toute hégémonie. Ils vivaient une vie frugale, sans
connaître le luxe ou la licence. Sans doute, il y avait bien des aspects
répréhensibles dans leur vie également, comme nous le verron |